« אור ישר ואור חוזר »

« Lumière droite et lumière ‘réfléchie‘ (חוזר : ‘qui revient’) » (Rayon incident, rayon réfléchi)

(Les 138 Portes de la Sagesse, porte 16, Ram’hal, Rabi Moché ‘Hayim Luzato, 1707-1746)

« ממעלה למטה ו)ממטה למעלה) »

« (De haut en bas et) de bas en haut »

(Pardes Rimonim, Portique 15, Ramaq, Rabi Moché Qordovero, 1522-1570)

Rabbi Chimôn bar Yo‘haï enseigne ainsi que le monde matériel est un croquis, un « reflet » du monde spirituel.

Or, à notre époque, la science elle-même — et en particulier l’exploration du monde quantique — met en évidence à quel point la réalité physique échappe à une lecture simple, linéaire et mécanique. Ce que l’on croyait élémentaire se révèle traversé de structures complexes, contre-intuitives, longtemps invisibles au regard humain.

Dès lors, si le monde matériel, qui n’est qu’un reflet, manifeste une telle profondeur, que dire alors du monde spirituel dont il procède ?

L’histoire des sciences en témoigne : les « vérités » proclamées comme définitives se révèlent souvent être des étapes transitoires, des paliers nécessaires vers une compréhension plus fine et plus nuancée. Certaines apparaissent même, rétrospectivement, comme des formulations élégantes mais incomplètes, appelées à être dépassées à mesure que le regard s’affine.

Cette dynamique enseigne une double leçon. D’une part, elle souligne la puissance et la fécondité de la recherche humaine dans le champ du monde matériel. D’autre part, elle impose une profonde humilité : si déjà la création visible résiste à une saisie immédiate, que dire alors des mondes spirituels, intérieurs et invisibles, dont l’influence est pourtant déterminante ?

Ainsi, comme l’enseigne Rabbi Chim‘ôn bar Yo‘haï, le monde matériel n’est qu’un reflet du monde spirituel ; c’est précisément dans ce reflet que se donnent à observer les principes qui le gouvernent.

Concrètement, lorsque la lumière, réfléchie par les objets, pénètre dans nos yeux, l’image qui se forme sur la rétine est inversée. Et pourtant, nous percevons le monde à l’endroit. Entre l’œil et le cortex visuel, un mécanisme redresse l’image. Il agit sans que nous en ayons conscience, et sans que nous puissions ni l’activer ni l’interrompre.

Ce phénomène physiologique est porteur d’un enseignement profond : la réalité ne nous parvient jamais de manière brute. Elle est déjà retravaillée, recomposée, ajustée par des processus qui nous dépassent. Et si cela est vrai pour la vision matérielle, combien plus encore pour notre lecture des événements, et pour notre perception de la réalité spirituelle et de l’invisible.

Cette leçon ne se limite pas à la vue. L’ensemble du corps humain fonctionne selon des mécanismes d’une précision remarquable, autonomes et continus : renouvellement cellulaire, circulation et purification du sang, digestion, transformation et élimination. Une orchestration intérieure permanente, dont nous ne sommes ni les initiateurs ni les régulateurs conscients.

Nous croyons voir, savoir, comprendre. Mais le plus souvent, nous n’accédons qu’à une réalité déjà « redressée », filtrée et rendue supportable par nos capacités limitées de perception. Ce que l’esprit reçoit n’est pas la réalité telle qu’elle est, mais telle qu’elle peut être accueillie.

Le mécanisme du regard devient alors une parabole : accepter que notre perception du monde et de la vie soit nécessairement partielle, donc imparfaite.

Reconnaître cette limite n’est pas une faiblesse. C’est peut-être là la première étape vers la חכמה – ‘Hokhmah – Sagesse : comprendre que l’ordre de la vie ne procède pas de notre maîtrise, mais d’une source qui nous précède et nous dépasse, et qui, en son temps, redresse ce qui nous échappe.

Dans la Torah, cette inversion et ce redressement ne s’opposent pas : ils se répondent, se rejoignent et s’inscrivent dans un même mouvement.

Ce principe du « à l’envers – à l’endroit » se manifeste déjà, de façon allusive et magistrale, dans la toute première lettre de l’alphabet hébraïque : le Alef (א). Lettre de l’unité et de l’origine, sa valeur numérique est 1.

Sa calligraphie traditionnelle révèle une structure d’une grande portée. Un trait diagonal — le Vav (ו) — relie deux Yodin (י) : celui du haut est orienté « à l’endroit », tandis que celui du bas apparaît inversé, comme en miroir.

Ce schéma donne à voir une dynamique constante de descente et de remontée, un mouvement de va-et-vient où, si je peux m’exprimer ainsi, ce qui procède d’en haut appelle une réponse depuis le bas, et où le retour participe pleinement à l’unité de l’ensemble.

En additionnant les composantes de cette lettre — Yod (10), Vav (6), Yod (10) — on obtient 26, valeur numérique du Nom ineffable d’Hachem (יהו־ה).

Ainsi, dès la première lettre de l’alphabet hébraïque, Hachem (ב״ה) place le lecteur face à un signe qui unit le haut et le bas, et qui porte en lui le sceau d’une Unité non figée, mais relationnelle.

À l’image de notre cerveau qui, en un instant, redresse et fusionne les images inversées reçues par nos yeux pour nous offrir une perception cohérente du monde, nous allons maintenant mettre en mouvement le principe du « rayon incident – rayon réfléchi ». (Voir cet exemple de « mise en mouvement » du rayon incident – réfléchi dans le cours du Rav David Menache ז״ל, entre la 5ᵉ minute et 18 secondes et la 6ᵉ minute environ : lien youtube).

Portons d’abord notre regard sur un mot-clé, un concept fondamental : חכמה – ‘Hokhmah – Sagesse.

Nos Maîtres enseignent que les mondes ont été créés par la Sagesse. Cette idée est formulée explicitement par le roi David ע״ה dans le Psaume 104, verset 24 :

« מה רבו מעשיך יהו-ה כלם בחכמה עשית »

« Combien Tes œuvres sont nombreuses, Hachem (יהו־ה) ! Toutes, Tu les as faites avec / dans / par la Sagesse (בחכמה). »

Le Ramban (Rabbi Moché ben Na’hman, 1194–1270), dans son commentaire sur le premier mot de la Torah — « בראשית » (Au commencement) — enseigne de même que :

« חכמה שבה יסוד כל »

« …Dans la Sagesse réside le fondement de tout. »

Ce principe trouve encore un écho clair dans Michlei (Proverbes) 3,19 :

« יהו-ה בחכמה יסד ארץ »

« Hachem (יהו־ה), par / dans Sagesse (בחכמה), a fondé la terre. »

Si la Sagesse est bien le fondement de toute la Création, on pourrait alors s’attendre à la voir apparaître dès les premiers versets de la Torah, au commencement même du Texte.

Et pourtant… le mot ‘Hokhmah – חכמה n’apparaît ni dans le verset d’ouverture, ni dans les premiers chapitres de Béréchit.

En réalité, le terme ‘Hokhmah – חכמה — tel quel — n’apparaît qu’au début du livre de Chémot (Exode), au 2294ᵉ verset de la Torah, bien après l’acte de Création lui-même.

Comment comprendre cette absence apparente ? Où se cache donc חכמה, cette lumière première, ce rayon originaire censé illuminer toute la Création ?

Cette absence est peut-être trompeuse. ‘Hokhmah – חכמה n’est peut-être pas absente, mais présente autrement, inscrite dans la trame même du Texte plutôt que dans sa surface.

Le mot ‘Hokhmah – חכמה possède une valeur numérique de 73 :

ח (8) + כ (20) + מ (40) + ה (5) = 73

Le « reflet » numérique de 73, son image inversée, est donc 37.

Le couple 73–37 peut alors être lu à la lumière du schéma du rayon incident et du rayon réfléchi : un mouvement de descente et de retour, un flux continu où yachar se prolonge en ‘hozer, par renversement, sans rupture du mouvement.

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Ce principe du mouvement d’« aller-retour » est central dans la tradition hébraïque. Le Sefer Yetsirah enseigne ainsi, à propos des dix Sephirot :

« נעוץ סופו בתחילתו ותחילתו בסופו כשלהבת קשורה בגחלת »
« Leur fin est enchâssée dans leur commencement, et leur commencement dans leur fin comme la flamme liée à la braise. »

Si l’on unit maintenant ces deux valeurs — 73 et 37, lumière directe et lumière réfléchie — et que l’on les multiplie, on obtient :

73 × 37 = 2701

Or 2701 correspond exactement à la valeur numérique du tout premier verset de la Torah :

« בראשית ברא אלהים את השמים ואת הארץ »

« Au commencement, Elohim créa le ciel et la terre » (Genèse / Béréchit 1:1)

הארץ ואת השמים את אלהים ברא בראשית
2.701 = 296 407 395 401 86 203 913

Ainsi, la Sagesse — חכמה — bien qu’elle ne soit pas nommée explicitement dans les premiers versets, s’y trouve pleinement présente : inscrite dans la structure numérique du Texte, dissimulée au cœur des lettres, agissante sans être encore dévoilée. Elle constitue le fondement invisible sur lequel repose et se déploie le visible.

Cette structure, telle qu’elle vient d’apparaître dès les tout premiers instants du Texte, au niveau même de ses premiers mots, ne demeure pas cantonnée au récit de la Création. Elle trouve un autre point d’inscription précis, un lieu de passage où cette lumière première se prolonge et s’actualise : Israël.

En effet, le nom ישראל (Israël), lorsqu’il se déploie — selon le principe du milouï, c’est-à-dire lorsqu’il se « remplit » — et cela à deux reprises, diffuse la même valeur de 2701 (73 × 37), ainsi que tout le réseau de significations porté par ce nombre.

541 ל א ר ש י
1.075 למד אלף ריש שין יוד
2.701 למד מם דלת אלף למד פה ריש יוד שין שין יוד נון יוד ואו דלת

Israël puise ainsi à la lumière première, celle qui transcende le temps et qui précède le temps linéaire. Il y est comme intriqué, intimement lié. Israël agit tel un vecteur de la חכמה (‘Hokhmah), un point de connexion entre le visible et l’invisible, entre le haut et le bas, entre le temps et le non-temps.